Une attaque qui s'éteint puis rebondit Par Luc Winants

Blancs: Luc Winants
Noirs : Menno Okkes
Amsterdam, le 16 décembre

1.d4 d5 2.Ff4
Un mot sur l'ouverture : de nombreux auteurs ont confondu ce début avec le système de Londres et parfois même avec celui de New York. Le premier fait référence au Congrès de la Fédération britannique, disputé en 1922, et la façon dont Alexandre Alekhine avait combattu la défense est-indienne de Max Euwe:
1.d4 Cf6 2.Cf3 g6 3.Ff4 Fg7 4.Cbd2 c5 5.e3 d6 6.c3... Le second, inspiré du précédent, évoque le tournoi joué en 1924 : 1.Cf3 d5 2.c4 c6 3.b3 Ff5 4.g3 Cf6 5.Fg2 Cbd7 6.Fb2 e6 selon l'exemple d'Emmanuel Lasker opposé à Richard Réti. Dans les deux cas, nous retrouvons le dispositif de la défense slave confronté à celui de l'indienne Roi. A l'inverse, le coup 2.Ff4 ne contribue qu'à développer une pièce et n'implique encore aucun arrangement des forces. De La Bourdonnais l'avait adopté face à Mc Donnell dans l'une des 85 parties du fameux duel qu'ils avaient contesté en 1834. Nous pourrions d'ailleurs le comparer au début du Fou, 1.e4 e5 2.Fc4, jadis recommandé par son compatriote Philidor. Nous préférons pourtant l'attribuer à James Mason qui en avait fait son enfant chéri, et ce au point de le tester à d'innombrables reprises, devant ses contemporains immortels, Tchigorine, Steinitz et beaucoup d'autres encore!
2...c5 3.e4
Cet essai n'est pas nouveau lui non plus, Vidmar l'avait déjà tenté au Tournoi de Saint-Pétersbourg, en 1909.
3...dxe4 4.d5 g6 5.Cc3 Fg7 6.Dd2 Cf6
Après 6...e5 les Blancs pourraient profiter de la mauvaise position du pion c5, pour amener une finale favorable: 7.dxe6 Dxd2+ 8.Fxd2 Fxe6 9.Cxe4 Cd7 10.0-0-0 0-0-0 11.Ff4
7.0-0-0 0-0 8.Fh6
C'est ici qu'intervient la différence avec le contre-gambit d'Albin, 1.d4 d5 2.c4 e5: avec un coup de plus, les Noirs auraient déjà mobilisé la Dame en b6, puis réfuté l'édifice tout entier via : 8...e3!! 9.Fxe3 (9.Dxe3 Cg4) 9...Ce4! selon le stratagème de Spassky contre Forintos en 1964.
8...Fxh6?
Un échange inutile et cependant l'immédiat 8... a6 n'aurait pas changé grand-chose au déroulement 9.h4 b5 10.Fxg7 (10.h5 b4) 10... Rxg7 11.h5 quand l'offensive paraît tout aussi dangereuse. Il valait donc mieux prévenir cet assaut à la baïonnette avec 8...Db6 9.Fxg7 (9.h4 ? e3 ! ) 9...Rxg7 10.h4 h5 etc. 9.Dxh6 a6 10.h4
Les affaires marchent!
10... Dd6
Si 10...b5 11.h5 b4? alors 12.Cxe4!
11.h5 gxh5
Il tâche d'obstruer la colonne -h-. Sur 11... Cxh5 suivrait 12.Rb1 (ou même 12.Cxe4 Df4+ 13.Dxf4 Cxf4 14.Cxc5 qui offre une finale favorable) 12...De5 (12...f5 13.Ch3) 13.Fe2 Dg7 14.De3 avec les menaces contre c5, e4 et h5.
12.f3
Pour prendre e4 ou dégager la diagonale vers h7.
12...Cbd7
Une variante amusante: 12...exf3 13.Fd3 Ce4 (13...Cbd7 14.Txh5) 14.De3 (mais pas 14.Dxh5 Df4+ 15.Rb1 Cf6) 14... Cxc3 15.Fxh7+ ! Rxh7 16.Txh5+ Rg7 17.Tg5+ Rh7 18.bxc3 avec une attaque décisive. Par exemple, 18...Tg8 19.Cxf3 (19.De4+ Tg6) 19...Dh6 20.Dxe7 Tg7 21.Rb2 Cd7 22.g4 quand les Noirs sont effectivement perdus.
13.Ch3
J'aurais pu donner un échec en g5, puis capturer e4 et mobiliser ce Cavalier en f3, de façon à supporter la poussée vers e5. J'étais cependant encouragé par l'idée qu'une attaque de mat devait exister... A tort ! J'ai longtemps réfléchi, mais en pure perte. Pour ne mentionner qu'une possibilité, 13.g4 se heurtait à 13...Rh8 14.g5 Df4+ 15.Rb1 Tg8 16.Ch3 De3 menaçant de porter la Tour en g6.
13...Ce5 14.Cf4 Ff5 15.Dg5+
Ma première intention était 15.Cxh5 Cxh5 16.Dxh5 seulement après 16... Fg6 puis f5, les Noirs n'auraient plus grand-chose à craindre.
15...Fg6 16.fxe4?
Finalement une faute, il fallait prendre du Cavalier et saisir ainsi l'occasion de le mettre en jeu.
16...Rh8 17.Fe2 Tg8 18.Dh4 Ceg4?
D'abord, ce Cavalier était beaucoup mieux placé en e5 qu'il ne l'est ici. Ensuite, il aurait dû avancer sur b5 et souligner ainsi mon erreur du 16e coup.
19.Tdf1 Tg7 20.Fxg4 hxg4 21.Cxg6+ fxg6
Surtout pas 21...Txg6 22.Txf6!
22.Dg5
Le blocus est levé, le centre a retrouvé sa vitalité, e5 menace!
22… Cd7 23.Dxg4 Ce5 24.Dg5
Les Blancs ont le repris le dessus et leur plan ne présente aucune difficulté: il suffit de transférer le Cavalier de c3 vers l'avant-poste e6.
24...b5 25.Ce2
Voilà!
25...c4
Dans le but de d'obtenir une contre-chance par la percée vers c3.
26.Rb1
Une mesure prophylactique destinée à éviter l'échec sur b2.
26... Tc8 27.Th3
Derniers préparatifs : la Tour surveille la troisième traverse.
27... Rg8 28.Cd4
Il était temps!
28... c3 29.Ce6 Tf7
Si 29...Db4 alors 30.Txc3 Cc4 (30...Txc3 31.Tf8#) 31.Dc1! (ou même 31.Txc4 ) 31... Tf7 32.Txf7 Rxf7 33.a3 Dd6 34.Dh6 gagnant facilement.
30.Txf7 Cxf7 31.Dh4 h6 32.bxc3
Pas encore 32.Tg3?? Db4 33.Txg6+ Rh7 34.Tg7+ Rh8 quand les rôles sont inversés.
32...b4 33.c4
J'avais déjà vu la position finale et ne voulais surtout pas lui permettre de ne donner "que la Dame": 33.Tg3 bxc3 34.Txg6+ Rh7 35.Cf8+ Txf8 36.Txd6
33...Txc4 34.Tg3 Rh7
34...g5 35.Dh5! conduisait au mat également.
35.Tf3! Ce5
Ou pour finir: 35...Rg8 36.Txf7! Rxf7 37.Df2+ Re8 38.Df8+ Rd7 39.Dd8#
36.Dxh6+!
Les Noirs abandonnent: si 36...Rxh6, 37.Th3 échec et mat!

Dit fragment is afkomstig uit Rotterdam Chess, het clubblad van SO Rotterdam, dat in zijn geheel downgeload kan worden via het tabblad 'Clubbladen'.

Ronald Damhuis